L’intelligence artificielle

POURQUOI JE PARLE D’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Je suis Enzo Rousseau, graphiste et jeune entrepreneur. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est devenue incontournable dans notre travail : elle nous permet de gagner en rapidité et d’explorer de nouveaux axes créatifs.

En 2026, les graphistes et créateurs digitaux ne sont toujours pas respectés à leur juste valeur. On entend souvent cette remarque : « Pourquoi un “simple” logo coûte-t-il si cher alors qu’une IA peut en générer un ? » Ce type de réflexion illustre une vision réductrice du métier. C’est précisément ce genre de situation qu’il faut questionner, afin de remettre la création humaine au centre d’une vraie valeur, aujourd’hui trop souvent oubliée.

MA PREMIÈRE RENCONTRE AVEC L’IA

Au départ, lorsque j’ai découvert l’IA, j’ai été réellement surpris et j’ai très vite perçu les enjeux qu’elle pouvait faire peser sur mon métier. Voir l’intelligence artificielle accessible au grand public, y compris à des personnes sans connaissances techniques, capables de produire en quelques secondes ce que j’ai appris à faire durant plusieurs années, m’a naturellement interrogé sur ma place et mon utilité.

Mais l’IA ne m’a pas conduit à me poser cette question plus longtemps. Au contraire, elle m’a permis d’avancer plus vite et d’explorer encore davantage ma créativité, voire de la dépasser. Avant, je devais dessiner mes croquis de la manière la plus réaliste possible avant de les valider et d’imprimer une maquette de PLV (publicité sur lieu de vente). Aujourd’hui, elle me permet de transformer mes croquis en rendus visuels plus précis, ce qui réduit considérablement les erreurs d’impression ou de design.

Dans ce processus, je n’ai jamais demandé à l’IA de réaliser le projet à ma place. J’ai travaillé sur la PLV jusqu’aux croquis : le cœur de l’idée et du travail venait de moi. L’IA m’a simplement aidé à anticiper certaines erreurs, m’évitant ainsi des pertes de temps et d’argent.

L’IA COMME OUTIL, PAS COMME FINALITÉ

Elle devient un outil très puissant, au point que l’on pourrait facilement s’y laisser porter. L’IA est une forme d’algorithme qui fonctionne en étant nourrie de données ; elle n’est pas (encore) dotée de sentiments ni de capacités de réflexion pouvant égaler notre cerveau. C’est précisément ce qui fera la différence : savoir si nous devenons son outil ou si elle reste le nôtre.

L’humain doit rester le pilote de ses projets et de ses décisions. Notre expérience rivalise avec une base de données par notre capacité à réfléchir, à ressentir et à donner du sens. Utilisez l’IA comme un assistant tout-en-un, mais continuez toujours à vous inspirer d’hommes et de femmes expert·e·s dans des domaines qui ne sont pas les vôtres.

COMMENT J’UTILISE L’IA AUJOURD’HUI DANS MON TRAVAIL

J’utilise toujours l’intelligence artificielle, mais de manière plus réfléchie, afin d’apprendre davantage et de continuer à progresser. Par exemple, lorsque je dois créer un bouton interactif pour un site web, l’IA peut m’aider à développer une base à partir d’une idée. À partir de cette base, j’applique ensuite mes connaissances en code pour améliorer le bouton, en ajustant son épaisseur ou en rendant son animation plus dynamique.

Si j’ai besoin de le modifier, je sais comment le faire, car j’ai appris les bases du code et du web design. À l’inverse, une personne qui ne possède aucune connaissance dans ces domaines risquerait de produire un bouton hors sujet, ne respectant pas certaines règles essentielles, et serait incapable de le faire évoluer.

L’IA ne pourra pas remplacer entièrement mon métier. Il est indispensable de connaître les bases et les notions fondamentales pour travailler efficacement et aboutir à un projet avec un réel fond solide, plutôt que de se limiter à une forme sans véritable intérêt.

L’IA UN DANGER POUR LES MÉTIERS CRÉATIFS ?

Ici, nous parlerons de l’IA la plus connue : l’intelligence artificielle générative. C’est celle qui permet de concevoir des visuels, notamment avec des outils comme ChatGPT ou Gemini, pour citer les plus répandus. Son impact dépend avant tout de la manière dont elle est utilisée. Il est possible de se limiter à une simple phrase et d’utiliser la première image générée, ou au contraire de réfléchir en amont à l’intention du projet, d’écrire un prompt précis et structuré, en utilisant un vocabulaire professionnel adapté (focale 2.4, ultra-réalisme, ambiance, etc.), afin de générer un visuel sur lequel un véritable travail créatif pourra ensuite être mené. L’approche et le résultat sont alors totalement différents, avec un fond bien plus pertinent.

Les métiers de la création ont évolué, et les compétences attendues des graphistes incluent désormais la maîtrise de l’intelligence artificielle, de manière réfléchie et intelligente, et non superficielle.

Utiliser l’intelligence artificielle avec discernement ne signifie pas renier sa profession, mais au contraire évoluer avec les avancées technologiques. Que l’on le souhaite ou non, l’IA fait désormais partie de notre société et y restera. À nous de nous adapter pour évoluer, ou de l’ignorer et risquer de devenir obsolètes dans les années à venir. Ce qui, en revanche, ne deviendra jamais obsolète, c’est le message que nous transmettons à travers notre travail, que l’IA soit utilisée ou non.

L’IA REND « BÊTE ET DÉPOURVU DE CRÉATIVITÉ » ?

Tout dépend de la manière dont nous utilisons ces outils. À force de se reposer sur des solutions comme ChatGPT pour corriger notre orthographe, répondre à des questions ou même nous dire comment nous habiller le lendemain, notre cerveau finit par moins travailler. Or, le cerveau est un muscle qu’il faut solliciter et entretenir. Si l’on utilise l’intelligence artificielle non pas pour faire le travail à notre place, mais pour identifier les fautes dans une phrase, comprendre lesquelles elles sont et apprendre à les corriger, l’usage devient bien plus pertinent. Cette approche permet de progresser sans dépendre systématiquement de l’IA pour corriger nos erreurs.

Pour illustrer un impact réel sur notre cerveau, on peut prendre l’exemple des réseaux sociaux. Être constamment exposé aux notifications et à un flux continu de contenus stimule notre attention de manière fragmentée et renforce l’envie de consulter son téléphone pour faire défiler l’écran, vérifier qui a aimé une publication ou découvrir quelle vidéo se cache après celle que l’on vient de regarder. Avec le temps, un usage excessif des réseaux sociaux peut modifier nos habitudes mentales, réduire notre capacité de concentration et influencer notre rapport aux émotions, souvent sans que nous en ayons pleinement conscience. Sources

Dire que  « l’IA nous rend bêtes et dépourvus de créativité » est une vision réductrice. Le véritable risque ne vient pas de l’outil en lui-même, mais de la manière dont il est utilisé. Comme pour les réseaux sociaux, une utilisation passive et automatique peut réduire l’effort cognitif, l’esprit critique et l’engagement créatif, car le cerveau s’habitue à recevoir des réponses rapides sans réflexion approfondie. En revanche, lorsque l’IA est utilisée de façon réfléchie, avec une intention claire, des choix conscients et un travail en amont, elle devient un support qui stimule la réflexion, aide à structurer des idées et ouvre de nouvelles pistes créatives. L’IA ne remplace donc ni l’intelligence ni la créativité humaine ; elle peut les appauvrir si elle est consommée sans recul, ou au contraire les enrichir si elle est intégrée comme un outil au service de la pensée, et non comme un substitut.